Du plaisir de la voile en hiver en méditerranée
publié le 17 Mai 2013 16:17
Cette réflexion est sous-tendue par une question : Pourquoi si peu de plaisanciers naviguent en hiver ou au printemps en méditerranée ? De janvier à mai, des côtes françaises à la Sicile via l?Espagne, les Baléares, la Sardaigne, la Tunisie et la Sicile, deux seuls voiliers rencontrés !
Bien des questions se posent sur les motivations profondes qui nous poussent à entreprendre un voyage à la voile à une période où d?aucun choisissent de naviguer virtuellement sur le Web. Cette saison inégalable, d?hiver au printemps à laquelle nous effectuons ce voyage, fait que les ports et les mouillages sont exempts de la présence d'autres voiliers et loin des peuplades touristiques et de nulle trace de corps dénudés badigeonnés de produits bronzants sur de longues plages de sable blanc encore vierges de tous détritus.
Ne savent-ils pas qu?à cette période de l?année on rencontre en méditerranée des conditions optimales pour une navigation à la voile ? Les vents y sont certes souvent forts, mais tellement plus généreux qu?en été, où le bruit du moteur domine le claquement des voiles. Dans les mouillages vides, pas de charters professionnels irascibles, aucune présence intempestive, bruyante et irrespectueuse de locataires de voiliers à la semaine, pas de risque d?entremêler les ancres.
Dans les ports, endormis, où les voiliers tirent sur leurs amarres, impatients de recouvrer pour un petit nombre d?entre eux les embruns de la mer, les places vides sont nombreuses et le coût d?amarrage modique. Mais il est vrai que lorsque le chaud soleil qui nous a réchauffés durant la journée tombe à l?horizon, le chauffage du bord vient se substituer, rendant l?atmosphère du bord douillette et conviviale.
Bien entendu, il n?est pas accessible à tous de se libérer à cette période de l?année, hormis pour les «jeunes» retraités qui constituent la majorité des marins rencontrés en mer, mais qui pourtant se réfugient dans un hivernage avant de reprendre leur vagabondage nautique dès l?été revenu.
Je voudrais ici ouvrir une parenthèse en m?interrogeant sur la motivation profonde qui pousse dès le mois de septembre un nombre important de marins plaisanciers à aller outre atlantique chercher des «paradis maritimes», alors qu?à quelques centaines de milles de nos côtes méditerranéennes se révèlent des rivages idylliques, bien loin des mouillages surbookés des iles antillaises.
Quels plaisirs recherchés, à être plusieurs dizaines de voiliers sur un même mouillage, en se consacrant à l?hédonisme ?
Ce que je pourrais résumer ainsi : Pourquoi chercher si loin ce que l?on trouve si prêt ?
Les iles antillaises, en dehors de leurs végétations de leur population, et de leur culture, n?ont pas plus d?attrait pour le plaisancier que les centaines d?iles méditerranéennes bien plus diverses, même si le soleil en hiver y est moins brulant.
Bien entendu, je ne dénie pas le plaisir d?une navigation transatlantique, bien que d?expérience je sais qu?au bout de quelques jours, balloté par la grande houle océanique, beaucoup attendent avec impatience de toucher ces terres inconnues. Je ne disconviens pas non plus, que pour les inconditionnels de la voile et du penon, la méditerranée n?est pas le bassin de navigation idéal.
Mais peut-être est-ce tout simplement du mimétisme, de la recherche de l?exotisme, d?une forme de quête d?un approfondissement ou d?une introspection de soi ou tout simplement d?orgueil et de prétention et se trouver un apparent challenge ?
Le voyage à la mer doit être une forme de ressourcement, la possibilité de s'éloigner pour un temps d'une société oppressante, d'une vie phagocytée par la "crise" et les médias, de s'affranchir de son téléphone transportable, et de nos amis sur facebouc.
La voile proprement dite n'est pas une fin en soi, mais seulement un moyen merveilleux de se déplacer à l'aide seulement du vent, en symbiose et au contact au plus près avec la nature.
Ainsi, est-il incomparable d'aborder des terres inconnues par le seul biais de la mer. Et quel plaisir inégalable pour découvrir une côte sauvage que d'autres moyens de déplacement ne permettent pas: Plaisir unique d?aborder une côte encore vierge de toute construction, pénétrer une petite crique où l?on glisse la carène du voilier avant de laisser tomber son ancre dans une eau turquoise transparente. Un petit port remarquable d'authenticité, de fraîcheur, un mouillage baigné d?une eau cristalline, très loin de toutes ces étapes et escales artificielles, dédiées essentiellement au mercantilisme touristique, où les quais du port ne sont qu'une suite de cabanons à "bouffe" insipide sortie du congélateur et de baraques à souvenirs soit disant artisanaux "made in China"
Mais je conçois que beaucoup de marins plaisanciers privilégient les mouillages répertoriés sur les guides, où, dès la chaleur venue on aperçoit du large les nombreux mâts des bateaux regroupés telles les antennes des cafards, ou ne souhaitent pas risquer d'érafler la belle carène blanche de leur beau voilier, et privilégient les marinas avec pontons et barrières sécurisées, eau courante et électricité à chaque emplacement, aux petits ports de pêche avec leurs quais rugueux et agressifs pour nos pauvres pare-battages, où chaque amarrage est un nouveau casse-tête pour l'équipage. Ici, rarement d'eau sur le quai, encore moins une prise électrique, et souvent engoncé entre deux chalutiers ou barques de pêche, notre coque se couvre rapidement de déchets et des couches de pétrole qui circulent en surface.
Mais quel plaisir à nul autre pareil que dès le lever du jour, voir le petit village s'éveiller et s'animer au rythme des bateaux de pêche qui rentrent au port et dont l'équipage s'affaire à démêler leur filet ou trier la maigre pêche qu'il rapporte et qui se vendra rapidement sur le quai. Dans la matinée, nous irons faire quelques achats dans l'unique et minuscule échoppe du village, où s'alignent sur quelques étagères et rayons, boîtages, féculents, et produits d'entretien. Un arrêt dans le café en compagnie de l'équipage d'un chalutier réuni autour d'une bouteille de vin. Inutile de s'enquérir d'une connexion Wi-Fi pour notre tablette ou notre truc phone, comme du reste inutile d'attendre la carte du restaurant mitoyen : C'est menu unique.
Rassasiés, après avoir dégusté un excellent poisson grillé, nous irons dans l'après-midi, à l'issue d'une sieste dans le cockpit de notre voilier, parcourir un des nombreux sentiers qui jalonnent notre île à la rencontre de quelques traces et empreintes laissées par des civilisations antérieures.
Bien entendu, il ne s?agit pas ici d?introduire une quelconque polémique sur les choix de chacun, ni de comparer ou de confronter des avis sur l?intérêt que trouve chacun d?entre nous à privilégier tel type ou telle zone de navigation. La mer et les océans sont encore un espace de liberté que chacun est à même d?apprécier à l?aune de ses appétences, mais simplement à s?interroger sur ce qu?est le voyage à la voile à notre époque
Dans quelques jours, il nous faudra pourtant retrouver nos "parkings à voiliers" et leur caisse enregistreuse pour faire le plein d'eau et de carburant, ainsi que de «pousser» un caddie dans l?hyper du coin. Mais ce sera une courte escale avant de reconquérir très vite nos mouillages encore déserts en ce beau printemps en méditerranée.
Sicile 2013

















J'aime beaucoup ton plaidoyer pour la navigation en hiver en Méditerranée.
J'ai eu l'occasion de l'apprécier, d'abord à l'époque ou j'habitais sur ses rives, puis plus récemment, ma saison de nav depuis que je suis retraité allant de mars à novembre.
Je nuancerais toutefois ton propos. J'éprouve le même plaisir (voire d'avantage) à naviguer "hors saison" dans d'autres mers que la Méditerranée. Le point essentiel est de naviguer dans des endroits beaux, avec de jolis mouillages, si possible quelques marinas accueillantes et pas trop chères, à une saison pendant laquelle les places abondent, et dans un pays où le tourisme et l'argent n'ont pas tué la convivialité et l'art de vivre. La Sicile, la Sardaigne, une partie de la Grèce toujours en dehors de Juillet-Août sont des exemples.
Aprés avoir pas mal parcouru la Med (pas toute, jamais été en Turquie par exemple), j'ai trouvé le même plaisir à naviguer sur les côtes portugaises et maintenant aux Açores.
Dans quelques semaines je serais à Madère, puis au Maroc, peut-être plus au sud un jour, mais toujours guidé par les mêmes critères qui semblent être les tiens : beauté des sites, convivialité et pas trop de monde. Et tu as pleinement raison de souligner que l'on peut trouver cela sans aller très loin, mais en choisissant sa saison de navigation.
Amitiés nautiques
Alain sur ENIDE
http://voyage-enide.blogspot.fr/